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La semaine dernière, dans son allocution sur le budget fédéral 2022, la vice-première ministre et Ministre des Finances, l’Hon. Chrystia Freeland a déclaré que nous vivons désormais dans un monde “complètement transformé” par l’invasion irresponsable et non provoquée de l’Ukraine par la Russie. La témérité et les programmes d’armement agressifs de la Russie et de la Chine, y compris le récent déploiement d’armes hypersoniques, ont en effet fondamentalement changé la donne dans le paysage sécuritaire international.

Une action rapide est nécessaire pour faire face à la gravité de cette agression en sol européen, mais plus largement pour préparer le Canada à ce que le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a décrit comme la « nouvelle normalité » lors de notre récente Conférence d’Ottawa sur la sécurité et la défense, à une époque où l’affirmation de soi se transforme en agression et que le droit et les normes internationales sont ignorés par des États révisionnistes.

Dans cet esprit, nous saluons l’intention du gouvernement de rapidement mettre à jour notre politique de défense, Protection, sécurité, engagement (2017) afin de prendre en compte ce nouvel environnement stratégique. En même temps, cependant, nous tenons à souligner que, sans les ressources et les réformes aux processus d’approvisionnement de défense nécessaires pour faire face aux risques de sécurité accrus de notre époque, il est improbable que cette révision de la politique de défense atteigne ses objectifs, laissant le Canada dangereusement exposé et sous-préparé.

Nous appuyons les initiatives liées à la défense et à la sécurité du Canada qui ont été mentionnées dans le budget fédéral de la semaine dernière. En plus de l’examen de la politique de défense, cela comprend les investissements dans le renforcement de la défense continentale grâce à la modernisation de NORAD et le remplacement tant attendu de la flotte de CF-18. Tout en reconnaissant que ce sont des pas importants dans la bonne direction, nous restons sérieusement préoccupés par l’état de la préparation de défense du Canada.

Selon nous, l’augmentation annoncée des dépenses de défense est nettement insuffisante pour combler les lacunes critiques en matière de capacités dans les défenses de notre nation, en particulier compte tenu des menaces auxquelles nous, nos alliés et nos partenaires sommes confrontés. Ce sous-financement est rendu encore plus évident lorsque l’on considère le recours accru aux Forces canadiennes pour aider les autorités en cas de catastrophe et en réponse aux menaces de sécurité non traditionnelles, telles que le changement climatique et les pandémies. Nous avons vu le professionnalisme de nos forces armées au pays et à l’étranger, et nos soldats, marins et aviateurs méritent de recevoir les outils nécessaires pour réussir les missions critiques qui leur sont assignées par le gouvernement.

Sur cette base, la CAD et l’Institut de la CAD souhaitent souligner les points suivants :

  • Tout en saluant la décision du gouvernement d’entreprendre une nouvelle révision de la politique de défense pour mettre à jour mise à jour Protection, sécurité, engagement (2017), le CDA souligne que la politique de défense doit être étroitement liée aux objectifs de politique étrangère d’un pays. À cet égard, il semble incohérent qu’une deuxième révision de la politique de défense soit entamée, alors que la politique étrangère du Canada n’a pas été sérieusement revue depuis l’administration Martin en 2005;
  • Une nouvelle révision de la politique de défense aurait certainement son utilité, mais seulement si elle est accompagnée de nouvelles ressources pour relever les défis supplémentaires qu’un tel examen est certain d’identifier, au-delà de l’argent prévu dans Protection, sécurité, engagement ou dans le récent budget.
  • Le budget n’a annoncé aucune mesure pour augmenter la capacité du Ministère de la Défense nationale ou Services publics et Approvisionnement Canada à fournir des capacités critiques de manière plus rapide et efficace. Une amélioration du système d’approvisionnement de la défense qui accélèrera la prise de décision et la livraison des équipements sera essentielle.

L’amélioration du système d’approvisionnement en matière de défense nécessitera des efforts soutenus du Premier ministre et une attention ministérielle accrue, sur la base de leur conviction affirmée que la sécurité nationale du Canada l’exige. Cela se produirait plus facilement si les Canadiens partageaient généralement ce point de vue, mais que ce soit le cas ou non, c’est la responsabilité fondamentale du Premier Ministre et de la Ministre de Défense nationale de faire preuve de leadership et de faire tout ce qui est nécessaire pour s’assurer que la nation a les capacités nécessaires pour défendre sa souveraineté. Sans contredit, l’environnement international actuel n’exige rien de moins.

Le gouvernement doit également être prêt à accepter des risques plus importants en s’attaquant à ces lacunes critiques en matière de capacités, y compris que les fonctionnaires soient encouragés à recommander — le cas échéant — que certains projets d’approvisionnement puissent être exemptés de certaines ou de toutes les règles normales qui les gouvernent. Spécifiquement, cela devrait inclure la possibilité de subordonner d’autres objectifs politiques à la livraison d’équipement essentiel. Nous sommes dans une époque où la rapidité de livraison doit être une considération primordiale.

Le point de vue selon lequel les dépenses de sécurité nationale et de défense ne sont pas aussi importantes que les autres priorités du gouvernement a entraîné un sous-financement chronique des secteurs de la défense et de la sécurité au Canada, ce qui continue de laisser notre pays exposé et sous-préparé. Il y a rarement eu des moments plus clairs dans l’histoire où la nécessité d’investir et de transformer nos forces armées a été plus explicitement démontrée que dans les actions méprisables d’une grande puissance ayant violé la souveraineté d’un État démocratique.